Avec Twitter, l’influence d’Elon Musk s’élève dans une autre dimension – Monde

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Elon Musk a révolutionné l’industrie automobile, est parti à la conquête de l’espace et peut, en quelques mots, bousculer des marchés. Mais en prenant le contrôle de Twitter, l’entrepreneur excentrique s’est procuré une influence inédite.

« Il ne partage plus seulement son opinion sur un outil de communication, il le possède et peut maintenant en établir les règles d’utilisation », dit à l’AFP Jeffrey Winters, spécialiste des élites à l’université Northwestern, aux États-Unis .

En utilisant sa fortune pour mettre la main sur une plateforme aussi importante, « il s’est influencé dans les débats politiques du monde entier », avance-t-il.

La question est désormais de savoir ce qu’il va en faire, à commencer par le retour ou non de l’ex-président américain Donald Trump sur le réseau social. Sans avoir, a priori, de comptes à rendre à personne, « il va façonner la constellation de voix qui pourrait s’exprimer sur Twitter », remarque Jeffrey Winters. Elon Musk représente à ses yeux l’oligarque type, une personne à qui la richesse donne un pouvoir social et politique auquel aucun citoyen ordinaire ne peut prétendre.

Une réputation d’innovateur

Dans le monde des affaires, la réputation d’innovateur d’Elon Musk est établie. « Il va dans des directions où personne d’autre ne va, et crée des produits complètement nouveaux qui se révèlent très efficaces et utiles », remarque Nicholas Colas du cabinet de recherche DataTrek.

Il n’a pas inventé la voiture électrique mais avec Tesla, « il a démontré que c’était possible d’en produire à grande échelle ». Avec SpaceX, il a mis au point des satellites proposant internet et des fusées réutilisables, « des technologies qu’on nous promettait depuis longtemps mais qui n’arrivaient jamais ». Il peut être à ce titre comparé au prolifique inventeur Thomas Edison ou au mythique patron d’Apple, Steve Jobs, avancé Nicholas Colas.

Il ne craint pas d’être riche

Elon Musk a prouvé au passage qu’il savait gagner de l’argent : Tesla est de loin l’entreprise automobile valant la plus chère en Bourse et SpaceX vaut plus de 125 milliards de dollars.

Aussi quand l’homme le plus riche au monde donne son avis sur une entreprise ou les cryptomonnaies, tel un oracle, ses fans écoutent. Début 2021, il a modifié sa mini-description sur Twitter par la simple expression « #bitcoin », le cours de la conception virtuelle a flambé temporairement d’environ 20 %.

Il aurait pu s’en tenir à son rôle de chef d’entreprises à succès et garder profil bas. C’est ce que font la plupart des personnes fortunées, qui redoutent des réactions hostiles à leur richesse, remarque Jeffrey Winters. Pour protéger discrètement leur patrimoine, leurs employés des avocats et des lobbyistes, leurs financent parfois des campagnes politiques. Mais Elon Musk « ne craint pas d’être riche et d’être très visible », explique le professeur.

Moins d’influence que des patrons de banques

« La création de Tesla, une marque devenue mythique, lui a apporté l’attention et la richesse. Ensuite, il a juste continué à s’exprimer sur les réseaux sociaux comme aucun autre patron ne serait prêt à le faire publiquement », remarque Mark Hass, spécialiste de la communication et du marketing à l’Université d’État d’Arizona. « Il n’a pas peur de dire ce qu’il pense, sans raison pour les gens qu’il insulte ou pour les régulateurs qu’il agace », dit-il.

Quand il publie sur Twitter une proposition de paix entre Kiev et Moscou, « il pense sans doute qu’il donne son opinion comme n’importe qui d’autre », analyse Jeffrey Winters. « Mais quand vous contrôlez les satellites qui permettent aux Ukrainiens de communiquer, votre opinion à un impact massif ».

À Washington, l’influence d’Elon Musk reste sans doute bien moindre que celle de Jamie Dimon ou David Solomon, les patrons des banques JPMorgan et Goldman Sachs « qui détiennent les clés du système financier », remarque toutefois Nicholas Colas.

Où est sa ligne rouge ?

En rachetant Twitter, en grande partie avec son argent mais aussi avec les apports de quelques investisseurs qui sont compétents sur lui pour redresser les comptes, il prend un gros risque financier. « Il ne peut pas juste appuyer sur un bouton et laisser l’anarchie s’installer, car les gros annonceurs vont partir », avance Nicholas Colas.

Elon Musk « aime pousser les choses au bord du précipice » mais « il ne s’est jamais auto-détruit », rappelle Mark Hass. Avec Twitter, il possède désormais désormais le pouvoir d’influencer des événements publics et « on ne sait pas où est sa ligne rouge », ajoute-t-il.

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