Guerre en Ukraine : à Sofia, ils luttent sur les réseaux contre la propagande russe – Guerre Ukraine-Russie

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L’explosion qui retient n’est que le coup de tonnerre de l’orage. Ici, aucune alarme ne résonne à tue-tête pour intimer de se cacher dans un abri. Les combats pour repousser l’armée russe se déroulent à plus de mille kilomètres. Sur la terrasse de ce rooftop surplombant Sofia, la capitale de la Bulgarie, Gennadiy Vorobyov ressent pourtant la guerre, chaque jour, depuis plus de six mois. Jeune P-DG de la branche bulgare de l’entreprise ukrainienne Netpeak, il est une recrue de la « défense digitale » de son pays.

Guerre en Ukraine : à Sofia, ils luttent sur les réseaux contre la propagande russe
(Photo M. R.)

Beaucoup de choses ont changé depuis les grandes guerres vécues en Europe : nous avons Internet

« Beaucoup de choses ont changé depuis les grandes guerres vécues en Europe : nous avons Internet », pointe cet expert de la publicité numérique et des mesures d’audience, avec Google Analytics.

Ses batailles à lui se conduisent entre réseaux sociaux et moteurs de recherche. Ses armes sont des photos, des vidéos et des textes pour exposer les événements du front, acquérir du soutien, récolter des dons et s’opposer au discours ennemi. « La Russie parle d’opération militaire spéciale pour libérer les populations ukrainiennes du nazisme et démilitariser le pays. La réalité, c’est l’arrivée de chars et de bombardements dans les villes. Ce n’est pas une opération de libération mais une vraie guerre avec de vraies victimes. Notre but est de le montrer ».

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« Guerre de l’information »

l’invasion de l’Ukraine depuis l’armée russe, une trentaine de salariés de Netpeak, l’une des plus grandes agences de marketing digital d’Europe de l’Est, ont fui les bombes avec leur famille pour se réfugier, un temps, en Bulgarie, pays en paix tiraillé entre l’influence pro-occidentale et pro-russe. Leur entreprise poursuit ses activités dans l’économie numérique et près de 500 salariés sont toujours en Ukraine mais, du jour au lendemain, elle leur permet de s’engager dans le conflit.

Guerre en Ukraine : à Sofia, ils luttent sur les réseaux contre la propagande russe
(Photo M. R.)

« Nos compétences en marketing numérique nous aident à être utiles dans cette guerre de l’information. Le Net est notre terrain, nous savons comment cibler les internautes dont nous avons besoin », explique Gennadiy Vorobyov. Sous la houlette du ministère de la Transformation numérique ukrainien, dirigé par le jeune Mykhailo Fedorov, 31 ans, les volontaires rejoignent une « IT Army » composée de centaines de sociétés issues des technologies de l’information – seul secteur en Ukraine à être en croissance malgré la guerre.

Des comptes fermés, puis recréés

Au dernier étage d’un centre d’affaires de la capitale bulgare, niché au-dessus d’un vaste espace de bureaux ouverts, des campagnes de contre-propagande passées par le canal des publications payantes. Mais les campagnes sponsorisées « Support Ukraine », lancées sur Facebook, Google ou Youtube, n’atteignent plus la population russe. Pour isoler le pays avec le blocus économique, les géants américains ont fermé les espaces publicitaires de leurs plateformes en Russie. Alors, les volontaires ukrainiens migrent aussi sur les versions locales les plus populaires : VKontakte et Yamdex.

Leurs comptes, une fois identifiés ou signalés, sont rapidement fermés. Inlassablement, ils en créent de nouveaux et recommencent, encore et encore. En plus de cette publicité ciblée, 12 500 citoyens russes ont été contactés sur leur messagerie privée, en particulier des femmes. Le mais ? Convaincre des compagnes, mères, filles ou sœurs de ne pas laisser partir leurs hommes au front. Des tentatives de dialogue qui restent, la plupart du temps, sans réponse.

Le prix de l’opinion

« Même si la population russe voit ce qu’il se passe en Ukraine, elle n’y croit pas », admet Gennadiy Vorobyov, en haussant les épaules. « La puissante machine de propagande de la télévision russe montre des plans très différents d’internet. La population ne sait pas qui croit. Les gens sont effrayés : ils peuvent aller en prison pour des opinions dissidentes. Et ils le savent ».

Ce sont des armes. Elles ne tirent pas mais elles souhaitent votre cerveau, se répercutent sur vos décisions, vos actions et vos relations aux autres

Si l’audience des principales chaînes contrôlées par le Kremlin est en perte de vitesse depuis la guerre, le régime russe loin d’abandonner le combat pour gagner les consciences. « Le budget de la chaîne de télévision Russia Today, 300 millions d’euros par an, peut permettre d’acheter quinze chars. Mais quels dommages feraient-ils avec ? Et quels torts fait Russia Today, jour après jour, avec sa propagande pro-guerre, en diffusant les idées de Poutine et de fausses nouvelles dans le monde entier ? Ce sont des armes. Elles ne fatiguent pas mais elles souhaitent votre cerveau, se répercutent sur vos décisions, vos actions et vos relations aux autres ». Contrairement au marketing appliqué à un business, difficile d’afficher les résultats pour cette bataille d’influence. Les volontaires ukrainiens se raccrochent à des données. En quelques mois, leurs publications ont fait 929 millions de vues. Intégralement financées par des dons, ces campagnes ont coûté moins de 900 000 dollars. La vidéo la plus visionnée liste les raisons pour l’Ukraine d’entrer dans l’Union européenne. En trois mois, les 27 ont accordé un statut de pays qui était candidat à l’adhésion depuis 1994.

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