Kendrick Lamar livre ses doutes et ses douleurs

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Kendrick Lamar marque l’été avec son nouvel album, M. Morale & The Big Steppers, d’une créativité phénoménale. Sur le chemin de la résilience, le rapeur américain ne craint pas de remettre en jeu son rang de star mondiale. Comment rester droit dans ses rimes, sans trébucher, quand, gamin, on a dû fuir son papa, membre d’un gang de Chicago ? Adulte, il préfère le chemin d’un questionnement assidu, sur les plans artistiques autant que personnel et politique, quitte à déconcerter certains fans. Le 21 octobre, il investira l’Accor Arena de Paris. Un concert des plus attendus, qui s’inscrit dans une tournée internationale de quatre mois.

Lui qui, enfant, a grandi dans un quartier déshérité de Compton – berceau du gangsta rap – livre sans détour, en ce 5e album, ses doutes et ses douleurs, sa colère et sa soif d’amour. Jetons aux orties les a priori, avant de tenter de déchiffrer la photo de couverture du disque : lui, debout, couronne d’épines sur la tête, un revolver dépassant du pantalon, et sa fillette dans ses bras ; assise, son épouse allaite leur nouveau-né. Le lauréat du prestigieux prix Pulitzer (pour son album Condamner) recourt à l’hyperbole et à la provocation, afin de secouer les consciences anesthésiées et les repus de la bien-pensance. Dans Journal de tante, il évoque le fait d’avoir « choisi l’humanité plutôt que la religion ». Et, dans Mère I sobre, il scande : « Où est ma foi ? Je t’ai dit que j’étais chrétien, mais pas aujourd’hui/Je me suis transformé, priant pour les arbres».

Un vrai travail d’orfèvre

Il n’échappe pas aux contradictions qui siègent en lui. En parlant fait partie du processus par lequel il se recoud. Au gré des couplets, il confie ses traumatismes, sa à vivre sa célébrité, il s’insurge contre la viole dont sa mère a été victime, contre les abus sexuels, la violence du système, la falsification de l’histoire… «Les capitalistes affectant la compassion m’offensent» (dans Sauveur). Mis à part Nous pleurons ensemble (avec sa tumultueuse scène de ménage et son message peu clair), cet opus de 18 titres reflétant la sensibilité brûlante de l’auteur d’ Très bien (devenu un hymne de Black Lives Matter) et exprime les interrogations qui le taraudent.

Le MC californien a conçu les musiques du disque avec un collectif de producteurs. Ici, un flow qui mitraille, une texture sonore étrange et mouvante, une chevauchée de tambours attisant la transe. Là, un chœur crépusculaire et un piano dissonant. Et, merveille des merveilles, l’entrechoc de grooves qui se télescopent au sein d’un même titre, ou encore l’eau vive d’une mélodie instillée au cœur de l’âpreté hip-hop. Un vrai travail d’orfèvre. Son public l’a entendu. Selon les chiffres fournis par le site Ventes Rap, l’album a dépassé la centaine de millions de streams sur une plateforme connue. Kendrick Lamar s’impose, à 35 ans, comme l’artiste le plus écouté du monde.

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