Procès Laporte-Altrad : l’heure des explications pour les présidents de la FFR et du Montpellier Rugby

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À partir de ce mercredi 7 septembre et jusqu’au 22, le président de la Fédération française de rugby Bernard Laporte et le président du Montpellier Hérault Rugby Mohed Altrad sont jugés à Paris pour des soupçons de favoritisme.

Le début de la fin d’une longue attente. Plusieurs dirigeants du rugby français sont jugés à partir de ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour soupçons de corruption et trafic d’influence. À un an de la Coupe du monde en France, le timing n’est pas idéal. Mais après plus de quatre ans et demi d’attente, Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR), et Mohed Altrad, président du Montpellier Hérault Rugby (MHR), au cœur de cette affaire, vont pouvoir s’expliquer . Serge Simon, vice-président de la FFR, Claude Atcher, récemment mis à pied de ses fonctions de directeur du Mondial 2023, et Benoît Rover, son associé de longue date, sont également prévenus.

Absence de concours pour le maillot sponsoring

S’ils sont cinq à se présenter à la barre durant quinze jours, l’affaire se concentre autour du duo Laporte-Altrad. Petit retour en arrière.

En janvier 2018, le Parquet national financier (PNF) a saisi les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) pour suspicion de favoritisme de Bernard Laporte envers Mohed Altrad. Quatre ans plus tard, l’enquête révèle que l’ancien secrétaire d’État aux Sports (2007-2009) se serait notamment rendu coupable de « prise illégale d’intérêt », « corruption passive » et « trafic d’influence passif » au bénéfice principal du patron du géant éponyme du BTP.

Plusieurs éléments justifieraient ces chefs de prévention. En 2017, Laporte a accepté de participer aux séminaires pour le groupe Altrad malgré ses fonctions de président à la FFR, en contrepartie de 180 000 €. Ou, selon le parquet, le contrat ne sera jamais exécuté alors que la somme a bien été donnée.

Sanction réduite

La même année, l’ex-sélectionneur des Bleus (2000-2007) aurait apporté son soutien à Mohed Altrad dans différents dossiers. En mars, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR, mais sans aviser sa division marketing, un contrat de partenariat de 1,8M€ qui fait d’Altrad le premier sponsor maillot de l’histoire du XV de France. Ce qui entraînera un autre contrat de 35 M€, conclu en janvier 2018, et dont le PNF suspecte la teneur. À savoir l’absence de mise en concurrence au moment de son attribution.

Enfin, en juin 2017, Laporte aurait directement sollicité la commission de discipline de la FFR pour réduire une sanction annulée au MHR. Le club héraultais devait payer une amende de 70 000 € et voir son stade suspendu pour une rencontre. Après quelques coups de téléphone, la note est finalement descendue à 20 000 €.

Un cas à peu près similaire s’est produit quatre mois plus tôt quand la Ligue nationale de rugby (LNR) voulait reporter un match de Montpellier, contre l’avis du président héraultais. En vain, puisque la Fédération s’opposera à cette décision. Saisi, le Conseil d’État donne raison à la Ligue en mettant en doute « la légalité » de la décision de la FFR.

Atcher dans le collimateur

Derrière toutes ces interventions, le PNF décèle des renvois d’ascenseur illicites quand la défense de Bernard Laporte dénonce de « faux liens de causalité » et rappelle qu’il a renoncé à son contrat avec Mohed Altrad à l’été 2017, après les premières révélations dans la presse. Le procès se penche également sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Score XV se voit confier quatre missions, en lien principalement avec la candidature française à la Coupe du monde 2023. L’une d’elles (des conseils de gouvernance évalués à 21 000 €) n’aurait jamais été réalisé, ce qui n’empêchera pas Bernard Laporte de signer un avenant octroyant à Sport XV une prime de 30 000 €.

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Claude Atcher sera aussi entendu pour avoir fait prendre en charge à son entreprise certains frais personnels, dont une facture de crèches et des contraventions routières. Son associé de longue date, Benoît Rover, comparaîtra pour des faits similaires.

Enfin, il est reproché à Serge Simon une « prise illégale d’intérêts » pour avoir fait dépêcher des arbitres au match Montpellier-Racing 92 du 18 mars 2017, alors que ce dernier avait été reporté par la LNR.

À moins d’un recours en appel, fort probable selon le verdict, la décision du tribunal est attendue fin octobre. Bernard Laporte risque une peine maximale de sept ans de prison et de 375 000 € d’amende. À noter que « l’escroquerie en bande organisée », facteur aggravant dans ce genre de dossier, n’a pas été retenu. En cas de sanction pour Bernard Laporte et Mohed Altrad, plusieurs zones d’ombre planent autour de l’avenir de la FFR et du MHR. Un contexte pesant à un an du Mondial, et trois mois après le premier Bouclier de Brennus de l’histoire du MHR.

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